Quel avenir pour le télétravail?

Devrait-on développer ce mode de travail?

  • Si vous êtes sensible à l’environnement, vous avez répondu: “Bien sûr, quelle question stupide!”
  • Si vous êtes un parent, avec de jeunes enfants, et que vous aimez socialiser, vous avez peut-être répondu:”Travailler à la maison?  Non, jamais!”
  • Si vous êtes un employeur/gestionnaire croyant que le travail à la maison n’est pas productif et qu’il rend difficile l’émergence d’un esprit d’équipe collaboratif et créatif, vous avez sans doute répondu : “Non!”  

Qui a la bonne réponse?  Existe-t-il une bonne réponse?

Chose certaine, cette crise aura permis à plusieurs organisations et employé-e-s de tester le modèle.  Malgré le manque de préparation, on s’aperçoit qu’avec les bons outils de communication (incluant des accès aux serveurs centraux sécurisés) la plupart des opérations se déroulent bien.  C’est du moins ce que nous dit Diane Gabrielle Tremblay (spécialiste en gestion des ressources humaines, en économie et en sociologie du travail) dans le balado Ça s’explique du 15 avril 2020.  

Mieux encore, Jean-Marc Léger (oui, oui, Monsieur sondage!) expliquait dans le Webinaire du 21 avril 2020 sur les nouvelles habitudes de consommation que 79% des personnes, en télétravail pendant la crise, appréciaient leur nouvelle expérience. JM Léger faisait donc de ce mode de travail une des 7 tendances que tout entrepreneur devrait prendre en considération pour s’adapter et ainsi passer à travers la crise. 

LE TÉLÉTRAVAIL, UNE BONNE CHOSE POUR L’ENVIRONNEMENT?  

Selon les calculs de Catherine Morency, si seulement 20 % des travailleurs de l’agglomération de Montréal adoptaient le télétravail une journée par semaine, les GES de l’ensemble du secteur du transport dans la même région seraient réduits de 10 %.

Même son de cloche en France, mais de façon plus modérée

En France, les trajets professionnels représentent 57 % des émissions liées la mobilité locale du lundi au vendredi.  Dans le rapport “Comment s’aligner sur une trajectoire compatible avec 1,5 °C ?”, le Cabinet B&L Évolution recommandait que toute personne habitant à plus de 10 km de son lieu de travail et ayant un emploi télétravaillable devrait télétravailler deux jours par semaine à partir de 2025. 

Cependant, les calculs sur les seules émissions de GES ne tiennent pas compte des effets rebonds (paradoxe de Jevons).  En gros, ce paradoxe explique qu’un changement apporté pour réduire un impact entraîne d’autres changements qui peuvent augmenter plus fort cet impact. 

En effet, le télétravail peut devenir un facteur d’étalement urbain démontré négatif pour l’environnement. Cet étalement urbain peut induire une augmentation du nombre de kilomètres parcourus par semaine quand les gens font du télétravail à temps partiel et qu’ils ont choisi de déménager plus loin de leur lieu de travail.

Travaillant chez eux, les gens vont aussi chauffer ou climatiser plus leur maison. Les déplacements déjà existants sur le trajet du travail pour déposer les enfants à l’école, faire des courses ou s’arrêter au gym vont se poursuivre.  Enfin, le télétravail peut libérer du temps, les gens peuvent en profiter pour faire de nouvelles activités qui vont peut-être nécessiter de prendre leur voiture. 

Dans le meilleur des cas, où 40 % des personnes actives seraient en télétravail deux jours par semaine, on peut s’attendre à une réduction de 8 % des déplacements et de 5 % des émissions de gaz à effet de serre.  Notre imaginaire revient sur Terre!

Plus encore, ces calculs tenant compte d’effets rebonds, ne tiennent pas compte de l’utilisation du numérique qui a des impacts environnementaux non négligeables.  Si la consommation d’énergie liée à l’utilisation des équipements est semblable entre le bureau et la maison, les rencontres en visioconférences, les courriels trop volumineux (photos), le renouvellement trop rapide des équipements ou l’acquisition de nouveaux équipements peuvent jouer négativement dans la balance environnementale entre le télétravail et le travail au bureau.

L’impact environnemental doit ainsi se calculer en comparant tout ce qu'il se doit. On comprend que l’impact environnemental du télétravail sera négatif pour une personne habitant un centre urbain, n’utilisant pas son auto pour se rendre à son travail, mais que le télétravail l’oblige à acquérir de nouveaux équipements électroniques et à multiplier les visioconférences pour dialoguer avec ses collègues qu’elle n’avait qu'à rencontrer à la salle de conférence de son organisme. 

LE TÉLÉTRAVAIL EST-IL MOINS PRODUCTIF?

Non, au contraire.  Des études dans de nombreux pays dont un rapport de la Dares paru fin 2019, en France, ont confirmé une amélioration de la productivité entre 10 et 20%, notamment sur les tâches qui exigent de la concentration (rédaction-réflexion) et certains services à la clientèle.  On note aussi globalement une amélioration de la qualité du travail. 

EST-CE MIEUX POUR LES EMPLOYÉ-ES?

En dehors du sondage Léger mentionné plus tôt, les études démontrent que les employé-e-s reconnaissent des avantages dont un gain de temps (moins de transports) et d’argent (collation, repas) ainsi qu'une meilleure concentration, mais l’espace de travail à la maison doit être bien organisé. Pas seulement l’espace physique (ergonomie du poste de travail, insonorisation, etc.), mais aussi l’espace social, notamment quand il y a des enfants.

encore un effet rebond.  S’il y a une meilleur productivité démontrée, le risque principal est celui de l’épuisement.  En 2017, un rapport conjoint de l’Organisation internationale du travail (OIT) montrait les effets ambigus voir contradictoires du télétravail sur la santé et proposait des mesures d’encadrement. Dans le même sens, en mars 2018, Québec Solidaire déposait un projet de Loi faisant reconnaître le droit à la déconnexion

Par ailleurs, seulement 10% des employé-e-s ont dit souffrir d’isolement.  Le manque de socialisation (dîner communautaire, proximité de la collaboration) et la difficulté de couper la vie professionnelle de la vie privée sont deux autres enjeux avec lesquels les employé-e-s doivent jongler pour optimiser leur bien-être en télétravail.

AUTRES CHOSES À SAVOIR?

Le télétravail aurait des effets collectifs positifs, mais attention aux effets rebonds.  Le télétravail devrait permettre la revitalisation des zones rurales avec comme conséquence une baisse de la pression immobilière dans les grandes villes.  Il faudra cependant être prudent et bien gérer une probable hausse de la pression immobilière dans les villages sans compter les éventuels conflits entre néoruraux et citoyens de souche.

Depuis novembre 2018, l'association Télétravail Québec fait la promotion de ce mode de travail auprès des instances gouvernementales. 

Pour les employeurs qui hésitent encore, TECHNO Compétences a élaboré un guide d’implantation du télétravail en entreprise (2016).

Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail (organisme fédéral de sensibilisation) a non seulement défini ce mode de travail, mais aussi développé une fiche abordant notamment les avantages et inconvénients, des recommandations ainsi qu’une liste de contrôle en matière de sécurité. 

BON ALORS, EXPLOSION DU TÉLÉTRAVAIL APRÈS LA CRISE?

Diane Gabrielle Tremblay nous dit que le télétravail a toujours eu une progression régulière malgré les progrès technologiques qui n’ont cessé d’exploser durant les 40 dernières années.  Le nombre de télétravailleur-euse-s se situerait seulement autour de 12% au Québec. 

De ce fait, elle ne voit pas une révolution du télétravail à temps plein, mais une bonne progression du télétravail à temps partiel, ce qui permettra de conserver la cohésion d’équipe et de permettre aux employé-e-s de garder le volet social. 

La progression du télétravail sera certainement stimulée par :

  • le développement d’Internet haute vitesse en régions;
  • un changement de culture des gestionnaires qui ne doivent plus craindre le manque de productivité;
  • la réorganisation des espaces de travail (source d’économies potentielles pour les organisations);
  • l’offre de formation aux nouvelles technologies;
  • l’attrait anticipé de préretraités ou retraités attirés par ce mode de travail. 

Alain Lavoie, président d’Irosoft (gestion numérique de l’information) estime que les entreprises qui offraient du télétravail avaient un avantage sur les autres, cet avantage va s’accentuer après la crise.

POUR LA PETITE HISTOIRE

Le Bureau de la traduction, institution fédérale, fût le précurseur du télétravail au début des années 80.

Dès 2001, plusieurs chercheurs québécois se penchent sur la question dont Diane Gabrielle Tremblay et le Cefrio.   

C’est surtout la fonction publique qui a impulsé le télétravail au Québec, mais c’est le secteur des technologies et du multimédia qui l’utilise le plus.  En 2006, Telus en avait fait le premier programme de travail flexible appelé “style de vie”.

N'hésitez pas à partager dans les commentaires ci-dessous d'autres informations et ressources sur le télétravail comme mode de travail du futur.

Commentaires

Pour consulter les commentaires ou pour commenter cette publication, vous devez vous connecter sur Passerelles ou vous inscrire.